Samedi 18 juillet 2009
6
18
/07
/Juil
/2009
15:05
17 juillet 2009, Pune, Inde Voila on y est. Ca fait des mois qu’on le savait, depuis février on (8 étudiants de Sciences Po) sait que l’on va passer un an à Pune, en Inde. Mais le savoir et le
vivre, vous imaginez bien que ça n’a rien à voir. Le 15 juillet à 13h50, Héloïse, Benoît, Solène et moi embarquons pour Londres. Arrivés là, nous attendons 7h avant de prendre notre vol pour
Bombay. Juliette et Elise sont censées nous retrouver à Londres pour qu’on s’envole ensemble vers l’Inde. Mais le destin en a décidé autrement ! A cause d’un problème de réacteur, leur avion était
bloqué à Paris… ce qui leur a fait rater l’avion pour Mumbai. C’est donc à 4 que nous quittons l’Europe. 9h plus tard, arrivée à l’aéroport de Mumbai. Surprise, le sac de Benoît n’est pas là !
Faisons donc un bilan : nous avons posé le pied en Inde depuis moins d’une heure et nous avons déjà perdu 2 personnes et un sac ! C’est un bon début, n’est ce pas ? Une fois armés de nos roupies,
nous nous présentons au comptoir des taxis pre-paid. Pour 500 Roupies nous voila embarqués dans un taxi (sur le toit duquel sont ficelés nos bagages) qui nous emmène à Chhatrapati Shivaji Terminus
(ex-Victoria Station), la gare centrale de Mumbai. Je pense qu’on pourrait faire tout un paragraphe sur la circulation ; elle constitue à elle seule tout un monde. Taxis, voitures, rickshaws,
scooters, motos, vélos, piétons se mélangent en un bazar monstrueux. L’unique moyen de communication entre deux véhicules est le klaxon, imaginez donc la cacophonie ! Le clignotant, ça n’existe pas
voyons ! Coupez une ligne blanche continue, what is the problem ?? Ca zigzague, ça freine, ça klaxonne à n’en plus finir. Au milieu de cette mer de véhicules, des piétons (hommes, femmes en saris,
enfants en uniformes) traversent la rue comme si de rien n’était ! Je ne comprends pas comment les gens ne se font pas écraser. Le long des rues, les bidonvilles alternent avec les immeubles,
rongés par l’humidité. Il y a des gens partout. Après 2h de taxi agité, on arrive à la gare. Il faut d’abord aller réserver nos billets. Malheureusement, le booking center est à l’étage et nous
avons des valises de 20kg ! Not very convenient =). Tout l’étage est occupé par des grands bancs sur lesquels les gens attendent leur tour au comptoir. Chance, il y a un comptoir réservé aux
Foreign Tourists. Après quelques questions aux autres (3) touristes, une attente qui nous paraît bien longue (l’Indienne di comptoir n’a vraiment pas l’air pressée) et un formulaire rempli, nous
redescendons dans le hall où nous échangeons le formulaire et des roupies contre nos billets. Passons maintenant à la mission numéro 2 : déjeuner. Posés au milieu de la gare avec nos valises, on
finit par acheter des sortes de hamburgers végétariens bien gras ! On a tenté de prendre autre chose mais les hommes du boui-boui où on achète à manger ne parlent pas un mot d’anglais et ne peuvent
donc pas nous expliquer ce que c’est. Au milieu de la gare, nous sommes une attraction. Un père s’arrête même à côté de nous avec son fils et reste 5 minutes pour lui montrer des blancs !! Nous
avons le sentiment d’être les kanaks de Nouvelle Calédonie à l’exposition coloniale de 1931. Mission numéro 3 : téléphoner aux propriétaires pour leur dire que nous sommes vivants et que nous
arrivons dans la soirée. Et bien sachez que téléphoner en anglais, avec l’accent indien, dans une gare grouillante de monde, bruyante, ce n’est pas du gâteau ! Puis direction le train. Sur le quai,
l’odeur agresse nos narines occidentales : excréments et déchets en tout genre jonchent les voies, miam ! Le train, dont les petites fenêtres sont assorties de barreaux, nous fait penser à des
wagons à bestiaux. Le train démarre et nous voila partis pour 4h de trajet jusqu’à Pune (à 180km), et c’est un express s’il vous plaît ! Il fait très chaud : un indien qui nous voit agiter des
feuilles de papier pour nous faire de l’air nous indique gentiment un interrupteur qui, oh merveille, met en marche des ventilateurs ! A chaque gare où nous nous arrêtons, les vendeurs se font plus
nombreux : ils veulent que nous achetions du tchai (thé indien) bien sûr, mais aussi du coffee, des sweets, des sandwichs, des jouets, des choses à mâcher et je ne sais quoi d’autre : vous imaginez
bien que nous n’avons pas tout compris ! Ainsi pendant 4h, le train nous berce au son de tchai, tchai, coffee, coffee, coffee … que répètent les vendeurs d’une voix lancinante. Dans le train en
marche, pas de portes fermées : au contraire aux portes (grandes ouvertes) de chaque wagon se tiennent des personnes qui prennent l’air, regardent défiler le paysage puis, une demi-heure plus tard,
regagnent leur banquette. Et rendez vous bien compte que le train transporte des personnes de tous les âges, mais même les enfants sont habitués et personne ne tombent sur les voies. Dehors, nous
sortons peu à peu de Bombay (15 millions d’habitants), ou plutôt des slums de Bombay qui s’étendent sur des km. Le train nous mène bientôt au pied de montagne : tout est vert, vert, vert, brumeux,
humide ou pluvieux. Quand nous arrivons enfin à la gare de Pune, la nuit est tombée. Il est prêt de 20h et la gare grouille de monde, hommes, femmes et enfants sont debout, assis ou en mouvement :
impressive. A peine sortis du train, des hommes convergent vers nous pour nous proposez rickshaws, hôtels etc. Mais à la demande de Mr Raddi, notre propriétaire que j’ai eu au téléphone à Bombay,
je dois d’abord les appeler. Une fois le coup de fil passé, nous sommes pris en main par un homme qui nous mène à des rickshaws et nous nous apprêtons à nous faire avoir comme des bleus. Il nous
vend 2 rickshaw pour 150 Rs chacun, chargent nos valises je ne sais comment et nous voila partis. Quelques minutes plus tard, le rickshaw dans lequel je suis montée avec Benoît s’arrête, nous fait
sortir et nous montre une roue du rickshaw d’Héloïse et Solène : un pneu est percé ! Nous avons le sentiment qu’ils vont nous abandonner là en nous disant qu’ils n’y peuvent rien… Mais non, comme
le répètera 50 fois notre « chauffeur » (plutôt chauffard oui !), no problem, no problem, no problem ! Ils nous fait monter à 4, avec les valises, à l’arrière du rickshaw et c’est reparti !! Il
fait nuit, il pleut, j’ai une fesse qui dépasse du rickshaw, Héloïse est à moitié debout et Benoît de caser ses jambes à l’intérieur, on zigzague, on klaxonne à qui mieux mieux, on a l’impression
que l’on va rentrer dans 36 véhicules (d’autant plus qu’ici on conduit à gauche) mais non, tout va bien. J’adore le rickshaw, je n’attends qu’une chose, en reprendre un ! A un feu rouge (parce
qu’il y a quand même quelques feux rouges aux grands carrefours et c’est à peu près la seule chose que les conducteurs respectent), je sens quelque chose sur ma jambe. Ceux qui e connaissent bien
savent que là j’ai sursauté très fort ! Une petite fille de 4-5 ans nous regarde en mettant ses mains à la bouche, son regard est terrible, il me frappe comme pas deux. Il fait nuit, il pleut, elle
est pieds nus, entre deux rickshaw au milieu de cette circulation de fous, mon dieu ! On nous a répété de ne pas donner dans la rue pour essayer de diminuer notre image de machine à sous. Notre
chauffeur lui dit de dégager (enfin, on le devine) et ça redémarre. Un moment plus tard, le rickshaw s’arrête encore, que se passe-t-il cette fois ci ? Rien, notre chauffeur va juste chercher du
tabac à chiquer : no problem ! Il se tourne vers moi et me fait prendre la poignée droite du rickshaw, m’explique comment le tourner, doucement, pour tenir le moteur allumer et court chercher son
tabac ! Quand il revient, il sort la valise de Solène posée à côté de ses pieds : que fait-il encore ? Rien, la valise était juste le démarreur ou je ne sais quoi, il tire quelque chose, remet la
valise et repart. Arrivés dans le quartier de Deccan Gymkhana, le rickshaw nous mène sur Bhandarkar Road mais là, il ne sait plus où aller : il demande son chemin, on avance un peu, redemande… Il
veut que nous appelions les propriétaires mais le seul portable que nous avons ne marche pas ! Il me fait alors sortir du rickshaw et m’emmène chez un petit marchand pour demander s’il connaît le
nom de la propriétaire et où elle habite. Chance, c’est un ami des Raddi ! Il nous indique leur immeuble, juste en face. Il faut que je précise ici que pour aller chez le marchand, il a fallu
traverser la rue ! Je ne sais pas comment m’y prendre pour ne pas me faire écraser par tous ces véhicules qui arrivent en tous sens ! A tel point, qu’après m’avoir répété 5 fois « slow, slow », il
me prend la main pour le reste de la traversée, lol ! Enfin bref ;-), arrivé au pied de l’immeuble, le rickshaw nous suit jusqu’à l’entrée et les négociations sur le prix repartent. Il veut 500 Rs
parce que l’adresse était difficile à trouver et que nous avions de grosses valises, on veut donner 300 mais nous sommes 4, nous n’avons pas de monnaie et nous sommes surtout épuisés : il repart
avec 400 Rs. Le lendemain, nous apprendrons qu’il nous a fait payer l’équivalent de 50 km, lol again ! On savait qu’on se faisait avoir, mais à ce point ! Mais je n’échangerais pour rien au monde
cette première course en rickshaw qui restera mythique =). Nous voila à la porte des Raddi : ils nous ouvrent, sourient, se disent rassurés de nous voir enfin (précisent qu’arriver de nuit sous la
pluie est le pire) et nous font monter au dernier étage (9) pour nous faire visiter l’appart. Merveille, il nous apparaît comme un véritable havre de paix ! Mrs Raddi, adorable, nous donne de quoi
petit déjeuner pour le lendemain, nous indique un restaurant ou nous pouvons dîner et nous quitte. Une demi-heure plus tard, nous voila dans la rue pour aller dîner, continuant notre apprentissage
de « comment traverser une rue en Inde ». Au restaurant (veg), on nous indique ce qui n’est pas trop épicé et nous mangeons chacun des quatre plats, c’est bon, épicé, mais bon. Rassasiés (pour 75
Rs, soit 1€ et des poussières), nous rentrons à l’appart (où nous dormons tous les 4 ce soir). Il est minuit. Douche merveilleuse, discussions et dodo dans le bruit incessant des klaxons, enfin. On
est arrivé.